Le grand coup de cœur de ce novembre littéraire est sans surprise la double lauréate des prix Femina et Goncourt des lycéens : Nathacha Appanah, avec La nuit au cœur.
Nathacha Appanah, la nuit au coeur

Le grand coup de cœur de ce novembre littéraire est sans surprise la double lauréate des prix Femina et Goncourt des lycéens : Nathacha Appanah, avec La nuit au cœur.
L’autrice mauricienne confirme ici une œuvre cohérente et lumineuse, qui explore depuis plusieurs livres les fractures intimes et politiques de notre temps. Son double sacre – par le jury entièrement féminin du Femina début novembre, puis par 2000 lycéens le 27 novembre – témoigne de l’universalité de son propos et de la force de sa voix.
La nuit au cœur – Plonger dans les ténèbres pour retrouver la lumière
La nuit au cœur raconte trois histoires de femmes confrontées à la violence conjugale : celle de Chahinez Daoud, assassinée en 2021 en France, celle de sa cousine Emma tuée à l’île Maurice, et celle d’une narratrice qui porte les traces d’un homme plus âgé et dominateur. En entremêlant ces destins, Appanah compose un texte à la fois documentaire et intime, où l’écriture devient un geste de réparation.
Ce n’est pas un roman « facile », mais c’est un roman nécessaire, qui parle de sororité, de colère, de peur, avec une sobriété qui rend chaque phrase plus percutante. Le lecteur en ressort secoué, mais aussi étrangement apaisé, comme si nommer la nuit permettait déjà de laisser filtrer le jour. Les lycéens délégués ont été « bouleversés par ces trois histoires de femmes et profondément touchés par sa plume », saluant l’engagement de l’autrice qui ose dire, se révolter et donner corps à ces voix éteintes.
Une voix majeure de la francophonie
Nathacha Appanah, née en 1973 à l’île Maurice, s’est imposée au fil des années comme une voix essentielle des littératures francophones. Journaliste de formation, elle a construit une œuvre qui traverse l’océan Indien, la migration, les violences coloniales et familiales, toujours avec une langue sobre et musicale.
Son écriture mêle puissance politique et sens aigu du détail sensoriel : un rivage, une odeur d’orage, une cuisine familiale deviennent des lieux où se jouent des destins. Pour un lectorat sensible aux questions de territoire, de créolité, de métissage, ses romans constituent une sorte de cartographie intime des mondes insulaires et postcoloniaux. Seule femme en lice dans la dernière sélection du Goncourt des lycéens, elle a notamment devancé le prix Goncourt Laurent Mauvignier, prouvant que son roman touche autant les adultes que la jeunesse.
Ses précédents romans en perspective
Plusieurs ouvrages permettent de mettre « La nuit au cœur » en perspective et d’entrer dans son univers par d’autres portes.
Tropique de la violence (Gallimard) explore la brutalité sociale et la jeunesse à Mayotte, révélant déjà sa capacité à faire dialoguer la noirceur et une tendresse infinie pour ses personnages.
Le ciel par-dessus le toit s’intéresse à une famille fracturée, à la prison et à la possibilité du pardon, avec une écriture presque aérienne malgré la gravité du sujet.
Le Dernier Frère ou En attendant demain interrogent la mémoire, l’amitié, la culpabilité et les non-dits historiques, notamment autour de la Seconde Guerre mondiale et des migrations.
Dans tous ces textes, on retrouve des thèmes communs : l’enfance blessée, les frontières (géographiques, sociales, intimes), la difficulté à dire la violence et le besoin de la transformer en récit. La nuit au cœur prolonge cette trajectoire en se concentrant frontalement sur les féminicides, mais avec la même élégance narrative.
Pourquoi en faire le livre à lire maintenant
Ce roman résonne au-delà de la seule sphère littéraire : il parle du couple, de la manière dont une société regarde – ou refuse de regarder – les violences domestiques, de la place donnée aux voix féminines. C’est un texte qui peut nourrir des conversations dans un café, lors d’un dîner entre amis, dans un club de lecture, et qui s’inscrit dans une culture plus large de l’attention à l’autre.
La nuit au cœur est aussi un très bel objet de lecture : une langue épurée, des chapitres qui se dévorent mais demandent qu’on s’arrête pour reprendre souffle, un ton qui reste longtemps après avoir fermé le livre. Dans une bibliothèque idéale de novembre, il a la place centrale, entouré des autres prix, comme un cœur battant qui donne le rythme à toute la saison.

En réunissant le Femina et le Goncourt des lycéens, Nathacha Appanah rejoint une généalogie d'autrices qui ont marqué leur époque – Neige Sinno, Clara Dupont-Monod, Delphine de Vigan, Karine Tuil – et s'inscrit dans une littérature qui ose, qui libère la parole et qui transforme la douleur en puissance narrative. Un livre à offrir, à lire, à transmettre, pour que la nuit finisse toujours par céder à la lumière.
La nuit au coeur
Natacha AppanahEditeur : Gallimard
Collection : Blanche
Parution :21/08/2025









