Portée par la vigueur des marchés financiers et des dynamiques sociétales nouvelles, la création de richesse mondiale repart à la hausse. La France, discrète mais robuste, s’invite sur le podium des nations aux plus hauts nombres de millionnaires.
La richesse mondiale reprend de la hauteur : la France en embuscade

Portée par la vigueur des marchés financiers et des dynamiques sociétales nouvelles, la création de richesse mondiale repart à la hausse. La France, discrète mais robuste, s’invite sur le podium des nations aux plus hauts nombres de millionnaires. Derrière cette performance se cache une reconfiguration silencieuse des mécanismes de transmission, d’accumulation et de distribution du patrimoine.
Un monde plus riche, mais inégalement
Après une contraction en 2022, la richesse mondiale a repris son ascension en 2023 (+4,2 %) puis en 2024 (+4,6 %) en termes nominaux. Toutefois, cette croissance reste inégalement répartie. Alors que l’Amérique du Nord concentre désormais 39,3 % de la richesse mondiale, l’Europe de l’Ouest accuse un recul, et la région EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) ne représente plus que 24,8 % de la richesse mondiale, contre 26,4 % l’année précédente. Ce rebond mondial s’explique principalement par la reprise des marchés financiers, particulièrement aux États-Unis. En effet, la performance des actifs financiers (croissance de 6,2 %) a largement dépassé celle des actifs non financiers (1,7 %), alors que l’endettement mondial est resté stable.
Une France de millionnaire (presque) malgré elle
La surprise de ce rapport 2025 vient de la France, qui se hisse à la troisième place mondiale en nombre de millionnaires, dépassant le Royaume-Uni et l’Allemagne. Elle représente 3,3 % de la richesse mondiale, un chiffre qui peut sembler modeste, mais qui illustre une concentration inattendue du patrimoine. Ce regain s’explique moins par une croissance spectaculaire des revenus que par des effets d’accumulation de patrimoine (immobilier et épargne) et la stabilité relative du système français face aux turbulences économiques mondiales. En particulier, la médiane de richesse par adulte a progressé de plus de 10 % en France entre 2020 et 2024, bien que la moyenne n’ait augmenté que de 0,36 %. Autrement dit, la richesse s’est diffusée plus largement vers les classes moyennes supérieures, plutôt que de se concentrer uniquement en haut de la pyramide.
Le paradoxe français : plus de millionnaires, mais pas moins d’inégalités
L’indice de Gini — qui mesure les inégalités de richesse — reste élevé et peu évolutif. Si la croissance médiane indique une amélioration relative pour la majorité, le différentiel entre richesse moyenne et médiane souligne que les hauts patrimoines continuent de tirer la moyenne vers le haut. Cela reflète une concentration persistante de la richesse. La France reste donc un pays où la richesse est davantage “héritée” qu’“acquise”. Le rapport souligne la montée en puissance des transferts intra-générationnels, notamment entre conjoints (notamment les femmes, qui bénéficieront de plus de 9 000 milliards USD sur les 83 000 milliards de transmission à venir dans les 20 à 25 prochaines années à l’échelle mondiale). Ce mécanisme — appelé « great horizontal wealth transfer » — précède la traditionnelle transmission intergénérationnelle.
Transmission verticale ou dynamique de création ?
Deux modèles cohabitent dans la création de richesse :
- Le modèle intergénérationnel (vertical) : dominé par la succession, les dons, la capitalisation immobilière ou mobilière. Il est lent, structurel, et favorise la stabilité mais aussi les inégalités.
- Le modèle intragénérationnel (horizontal ou dynamique) : fondé sur l’ascension individuelle, le travail, l’investissement, l’entrepreneuriat. Il est moins prédominant en France que dans des économies comme les États-Unis.
Pour un membre de la classe moyenne, sortir de sa condition et entrer dans la dynamique de création de richesse nécessite soit un choc positif (héritage, revente d’entreprise, spéculation réussie), soit une stratégie de long terme basée sur l’investissement régulier et l’éducation financière.Mais UBS estime que la probabilité de changer de « classe de richesse » diminue avec le temps : plus une personne reste longtemps dans une tranche patrimoniale, moins elle a de chances d’en sortir. Il s’agit donc d’un processus de génération plus que de carrière.
Les leviers pour la classe moyenne
- Pour accéder à la dynamique de création de richesse, trois leviers semblent incontournables :
- L’investissement patrimonial dès le plus jeune âge : immobilier locatif, ETF, actions à dividendes.
- La diversification géographique et sectorielle : profiter de la croissance hors Europe.
- La capitalisation intergénérationnelle : transmettre tôt, organiser fiscalement le patrimoine, anticiper la retraite.
La France dispose de solides filets sociaux, mais ceux-ci freinent parfois la prise de risque. Paradoxalement, les pays les plus inégalitaires sont aussi ceux où la création de richesse par effet d’opportunité est la plus marquée.
La France illustre bien un phénomène global : la richesse augmente, mais sa dynamique reste largement liée à des effets de structure — démographie vieillissante, marché immobilier stable, fiscalité relativement lisible. Son ascension dans le classement des millionnaires ne traduit pas une explosion de l’innovation économique, mais une reconfiguration silencieuse du patrimoine et de sa transmission.Dans un monde où l’héritage devient le premier facteur d’enrichissement, la question sociale du XXIe siècle ne sera peut-être plus “comment devenir riche ?” mais “comment naître au bon endroit”.









