Il n’y a rien de plus commun qu’une parole qui s’exprime aujourd’hui : avec la multiplicité et l’accessibilité aux outils numériques et notamment aux réseaux sociaux, la parole est facile à prendre. Mais étonnamment elle est, sur ces plateformes, limitée et répétitive, répondant à la contrainte du format : des vidéos courtes et percutantes, des temps de paroles restreints.
Développer une pensée n’est donc plus un prérequis pour s’exprimer, intégrant en cela le fameux « temps de cerveau humain disponible » et les capacités d’attention limitées des audiences.
Car dans la sphère médiatique, un individu parle rarement à un autre, mais à une masse informe.
Nous avons perdu semble-t-il l’art de nous adresser à quelqu’un mais aussi l’art d’écouter. Tout le monde s’exprime, commente… et on y entend plus grand chose.
Comment redéfinir le sens de la parole, et donc celui de l’écoute ? Qu’est-ce que porter sa voix et qu’est-ce qu’engager une parole ?
David Le Breton est professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg. Membre senior de l’Institut universitaire de France. Membre de l’Institut des études avancées de l’Université de Strasbourg (USIAS). Parmi ses dernières publications, La Fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale (Métailié, 2022).
Gérald Garutti est philosophe et homme de théâtre. Normalien, agrégé, docteur, il enseigne à l’Université de Cambridge puis à Sciences Po. Il a fondé et dirige le Centre des Arts de la Parole. Auteur de pièces, de récits et d’essais, il est aussi traducteur. Il crée des spectacles à Londres (Royal Shakespeare Company) et en France. Il a récemment publié Il faut voir comme on se parle (Actes Sud, 2023).
Patricia Martin est journaliste, critique littéraire, animatrice et productrice à France inter (L’Heure philo).
Samedi 18 avril à 15h
Auditorium (niveau -1)
Sur inscription à partir du 18 mars sur billetweb.fr/pro/agendayourcenar ou auprès des bibliothécaires
En partenariat avec le CAP -Centre des Arts de la Parole et Radiofrance


Je parle parce que je ne suis pas seul. Même dans le soliloque, dans la parole intérieure, je me réfère à moi comme autre, j’en appelle de ma conscience à ma conscience. Le langage, dès sa forme la plus rudimentaire, atteste une procession de l’être personnel hors de lui-même.